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smiley : envelope Vu passer ceci, j'ai pensé

dimanche 05 mars à 14h29 par Darck Crystale | # | 2 commentaires

smiley : envelope Cette foutue nuit

Il fait froid. Trop froid.

Ta fourrure n'est plus là pour m'empêcher de trembler. Des spasmes me secouent lorsque je pense à toi. Mon coeur s'est arrêté depuis quelques temps déjà.

 

Je suis tombée à genoux, et le mort-vivant qui me suit n'arrive pas à me relever.

 

Je voudrais me noyer dans le sable. Je voudrais mourir.

 

Je suis bientôt arrivée vers moi. Je sens déjà toutes les odeurs qui m'accompagnaient flotter dans l'air. Mais je n'ai plus la force d'avancer, je crois.

Tout s'est transformé en douleur, tout n'est que violence et me brise. Mes jambes ne me portent plus. Le zombie restant avec moi me regarde, désemparé. Il cherche à me tirer, mais ne fait que me faire souffrir davantage. Ses ongles se plantent dans ma peau dans ses efforts de me faire avancer.

 

Et après ? Que ferai-je, quand je me serai retrouvée ? Sans toi ? Ah, dieu, j'aimerais ne pas avoir de coeur, j'aimerais me détruire de toutes ces choses qui jouent avec mes nerfs. Si je détruis mon être, on ne pourra plus s'en servir contre moi. Laissez-moi crever.

vendredi 26 juin 2015 à 09h00 par Darck Crystale | # | 2 commentaires

smiley : envelope J'aurais aimé, mais je ne suis pas assez pure

C'est alors qu'apparut le renard.

- Bonjour, dit le renard.

- Bonjour, répondit poliment le petit prince, qui se retourna mais ne vit rien.

- Je suis là, dit la voix, sous le pommier.

- Qui es-tu ? dit le petit prince. Tu es bien joli...

- Je suis un renard, dit le renard.

- Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste...

- Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.

- Ah ! pardon, fit le petit prince. Mais, après réflexion, il ajouta : - Qu'est-ce que signifie "apprivoiser" ?

- Tu n'es pas d'ici, dit le renard, que cherches-tu ?

- Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu'est ce que signifie "apprivoiser" ?

- Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C'est bien gênant ! Ils élèvent aussi des poules. C'est leur seul intérêt. Tu cherches des poules ?

- Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu'est-ce que signifie " apprivoiser " ?

- C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie "créer des liens..."

- Créer des liens ?

- Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi, qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...

- Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur... je crois qu'elle m'a apprivoisé...

- C'est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses...

- Oh ! ce n'est pas sur la Terre, dit le petit prince. Le renard parut très intrigué :

- Sur une autre planète ?

- Oui.

- Il y a des chasseurs, sur cette planète-là ?

- Non.

- Ça, c'est intéressant ! Et des poules ?

- Non.

- Rien n'est parfait, soupira le renard.

 

 

Mais le renard revint à son idée :

- Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m'ennuie donc un peu. Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé... Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince : - S'il te plaît... apprivoise-moi ! dit-il.

- Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.

- On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

- Que faut-il faire ? dit le petit prince.

- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près...

 

 

Le lendemain revint le petit prince.

· Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dès trois heures je commencerai d'être heureux. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le coeur... Il faut des rites.

- Qu'est-ce qu'un rite ? dit le petit prince.

- C'est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C'est ce qui fait qu'un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu'à la vigne. Si les chasseurs dansaient n'importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n'aurais point de vacances.

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche : - Ah! dit le renard... je pleurerai.

- C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise...

- Bien sûr, dit le renard.

- Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.

· Bien sûr, dit le renard.

· Alors, tu n'y gagnes rien !

· J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé. Puis il ajouta : - Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d'un secret.

Le petit prince s'en fut revoir les roses.

- Vous n'êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n'êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisées et vous n'avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n'était qu'un renard semblable à cent mille autres. Mais j'en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.

Et les roses étaient gênées.

- Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu'elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c'est elle que j'ai arrosée. Puisque c'est elle que j'ai mise sous globe. Puisque c'est elle que j'ai abritée par le paravent. Puisque c'est elle dont j'ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c'est elle que j'ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c'est ma rose.

 

 

Et il revint vers le renard : - Adieu, dit-il...

- Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.

- L'essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.

- C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.

- C'est le temps que j'ai perdu pour ma rose... fit le petit prince, afin de se souvenir.

- Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose...

- Je suis responsable de ma rose... répéta le petit prince, afin de se souvenir.

 

Mais moi, j'ai piétiné le rosier.

jeudi 11 juin 2015 à 10h09 par Darck Crystale | # | 2 commentaires

smiley : envelope Tout s'est terminé

Les étoiles sont éteintes.

 

C'est définitif.

 

Tu m'as dit adieu, et tu es remonté sur la comète qui s'en va loin de mon désert.

 

J'aimerais dire "Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.". Mais tu sais que nos coeurs sont brisés. Tous les deux, ils tombent en ruines d'avoir été battus.

 

Et moi, qu'ai-je fait ? Dieu, qu'ai-je fait ? J'ai tenté de te mettre un collier ? J'ai brûlé des livres pour t'attirer avec leur fumée ? J'ai hurlé à la lune si fort que de tes oreilles du sang à coulé ?

 

J'ai fait ce qu'aucun être au monde n'a le droit de faire.

Je t'ai brisé.

Encore.

 

Tu es reparti, et c'est sûrement pour toujours.

Je veux juste te dire aujourd'hui, si tu lis ces mots, je veux juste te dire, que je suis désolée.

 

Je n'essayerai plus de t'appeler.

Je n'essayerai plus de t'implorer.

Je n'essayerai plus de te battre.

Je n'essayerai plus de te mordre.

Je n'essayerai plus de t'attacher à moi.

 

Aujourd'hui, je continue une route que j'ai moi-même tracée. Un homme pantelant me suit, me guide parfois, me tient compagnie, mais à chaque instant qui passe, on se rapproche inexorablement du carrefour où nous nous séparerons.

Et demain ?

 

Demain, j'inventerai des pays peuplés de lumière, où des sirènes chantent pour toi.

Demain, je partirai d'un autre pied, lorsque j'aurai retrouvé ma maison.

 

Car oui, je suis toujours perdue, mais je sens que je suis de plus en plus près de l'endroit où je me suis quittée.

Bientôt, je réintègrerais mon corps, après des jours et des jours d'absence.

Bientôt, je redeviendrai moi-même. Et ce jour-là, je pourrai rouvrir mes yeux et allumer mes propres étoiles.

 

 

Parfois, j'ai l'impression de te voir passer au firmament. Mais ce n'est qu'une réalité vide de sens.

mercredi 10 juin 2015 à 10h00 par Darck Crystale | # | 2 commentaires

smiley : envelope Ces fichues vignes

Tu es revenu. Je t'ai appelé, tu es revenu. Et on a marché un peu plus loin.

 

Tu te souviens, des vignes ? Les tiennes. Je ne te parle pas de celles-là. On en a rencontré ensemble, des grappes de raisin fossilisé étaient portées par les sarments. Quand on marchait.

Hey, ce n'était pas évident, il a fallu subir la chaleur oppressante, et aussi franchir un fossé insurmontable. Mais après quelques pas, nous sommes arrivés. Tassant le paysage, on s'est assis, encore une fois. Il y avait dans ton sac du chocolat, dans le mien de l'eau.

 

On a encore passé une vie là. Une vie à attendre que la mort vienne nous prendre. Une putain de vie à regarder tes yeux pour essayer de m'en souvenir quand j'aurais à repartir, quand tu auras à me chasser.

 

J'ai cru t'apprivoiser, ce jour-là. J'ai cru.

 

Je n'ai rien fait qu'accrocher des rubans dans ta fourrure. Je n'ai rien fait qu'ouvrir mon coeur pour te laisser entrer dedans.

 

Oh, j'aurais tant, tant aimé que tu fusionnes avec moi, tant aimé que la chaleur de l'arc électrique qui se formait entre nos âmes fasse fondre nos corps pour les unir à tout jamais...

J'aurais tant aimé...

 

Cette électricité n'a fait que dresser les poils sur ton être. Et qu'attirer des morceaux de plastique autours de toi.

mardi 09 juin 2015 à 10h00 par Darck Crystale | # | 5 commentaires

smiley : envelope Tornade

Des heures. Des heures durant je suis à nu, sous les trombes de gravillons qui volent. Mais je sais que tu es là, quelque part, car je vois briller les étoiles. Mon coeur brûle de te rejoindre. Mais je dois poursuivre mes traces avant que la tempête ne les efface.

L'homme qui m'a un jour porté meurt à chaque instant à mes côtés. Il meurt et je vois le sang qui coule de la plaie que je lui ai fait tâcher notre chemin. Mais il me suit encore.

 

Bon sang, il me suit encore.

 

J'ai envie de tout arrêter.

lundi 08 juin 2015 à 10h10 par Darck Crystale | # | 1 commentaire

smiley : envelope Sous la pluie

L'homme qui me suit regarde une dune, plus loin, et aperçoit deux oreilles qui dépassent du sable.

"Tu as vécu une nuit avec lui ?

- Oui."

Je voudrais lui dire que pour l'instant, le jour n'est pas revenu. Ou que je ne l'ai pas vu. Que c'est une vie que j'ai vécue avec cet animal, un univers entier ne suffirait pas à reproduire ce qui s'est déroulé. Que c'est peut-être une seconde, peut-être un an. Que cette étincelle au coeur de laquelle j'étais n'a pas sa place dans l'espace-temps. Que je lui réponds oui, car oui, c'est ce qui s'est produit, ou peut-être pas. Que tout est plus complexe qu'un simple oui ou un simple non. Mais enfin, je sais ce qu'il veut entendre. Et j'ai assez tourné autours du pot.

Il a plongé sa tête dans le sable mais j'ai tout de même entendu son hurlement au travers de la couche de silice.

 

Je continue à avancer, mais mes plaies brûlent plus que jamais.

 

Puis il revient me voir, les dents croustillantes.

"Tu dois être heureuse. Tu as ce droit.

- Mais je te fais mal.

- Oui, et alors ? Tu es perdue. Il faut que tu retrouves ce que tu cherches. Entre temps, rien ne compte. Embrasse-moi."

 

Je n'aime pas le sable. Mais je l'embrasse pour tarir le flot qui use la peau de son visage.

vendredi 22 mai 2015 à 02h56 par Darck Crystale | # | 1 commentaire

smiley : envelope Explications

J'ai repris ma route. J'ai quitté le village que j'avais croisé tout à l'heure, un morceau de pain offert par un inconnu.

L'homme qui me possédait me suit. Il regarde chacune des empreintes que je laisse.

"Tu sais, si tu dois être heureuse autrement, sois-le."

Je ne le vois plus. Puis il revient.

"Tu as croisé quelqu'un, sur ta route. Qui est-ce ?

- Un renard des sables qui vivait sur une comète, arrivé là par un concours de circonstances gravitiques.

- Qu'en penses-tu ?

- Il me fait de la lumière."

 

Il reste silencieux quelques instants.

 

"C'est bien. Je pense que tu as besoin de ça.

- Tu es sûr d'aller ?

- Non. Mais on ne fera pas le concours de celui qui meurt le plus, ça n'a pas de sens."

jeudi 21 mai 2015 à 12h40 par Darck Crystale | # | 2 commentaires

smiley : envelope La foudre

"Et si je ne voulais plus de toi dans mon désert ?"

Cette phrase résonne contre les murs des immeubles qui nous entourent. Chaque écho se fiche dans ma poitrine comme un millier de poignards que je plante moi-même soigneusement. Des morceaux de pierre tombent au sol.

Il ne dit rien.

Il ne dit rien mais je vois bien qu'il est tombé.

 

Il y a des étoiles qui s'allument et s'éteignent. Leur aspect stroboscopique menace de me faire entrer en crise d'épilepsie. Quelque part, un renard papillonne en morse pour me communiquer trois longs, trois courts, trois longs. Mais je ne peux rien faire.

 

Je suis déchirée entre deux mondes, je devrai en quitter un avant de finir arrachée de part et d'autre.

 

"Et si je ne voulais plus de toi dans mon désert ?"

Le dernier renvoi de mots scelle le départ que je m'impose. Que je nous impose.

 

Je dois partir, maintenant. Mais je n'ai toujours pas de chaussures.

mercredi 20 mai 2015 à 12h30 par Darck Crystale | # | 1 commentaire

smiley : envelope Les genoux couverts de bleu

J'ai essayé. J'essaye. Personne ne pourra dire le contraire. Je fais tout pour ne pas le déchirer. Pour ne pas exploser.

Mais il a vu. Il me connaît, il sait.

Mes jambes sont douloureuses, du sable est incrusté dans mes genoux. C'est de ne pas marcher droit. Et cela fait mal. Foutues étoiles.

Il s'est penché vers moi et a lavé mes pieds. L'eau sentait la lavande, fraîche, elle a apaisé ma course.

"Pourquoi fais-tu ça ? Ce n'est pas mon tour. Je n'existe pas.

- Si. Nous existons tous les deux. Et tu souffres. Pourquoi ?

- Je me cherche. La route est longue. Et quand je me suis perdue, je ne m'étais pas rendue compte de la douleur que je m'infligeais, puisque je ne la ressentais pas. Maintenant, je subis mon contrecoup. Pourquoi fais-tu partie de mon rêve ?

- C'est toi qui m'y a invité. À toi de choisir ce que tu en fais."

 

C'est mon tour ? Je ne comprends pas. Il me laisse la chaîne sur l'épaule ? La bride au vent ?

 

"Et toi ?

- Te voir tourmentée me fait pleurer des larmes de sang."

 

J'ai la sensation de reconnaître le baquet dans lequel il plonge ton linge pour s'occuper de moi. Il est du même ébène que celui de la boîte qui l'attend, un peu plus loin.

mardi 19 mai 2015 à 12h24 par Darck Crystale | # | 2 commentaires

smiley : envelope Je, tu, enfin, qui compte le plus ?

Je suis arrivée sur un lieu de deuil.

Quelqu'un que je ne connais pas est mort et déposé dans une grande boîte noire, posée sur un autel. Des gens pleurent.

Je relève les yeux de mes traces, et je croise le regard d'un homme, que je reconnais. Dans ses yeux, je vois une mer plate, silencieuse. Elle s'écoule en longs sillons sur ses joues, puis au sol. J'essuie ses larmes avec mes manches.
 


Cet homme, je le sais, me possède.

 

Le sable a changé de consistance. Il est parsemé de gouttes qui forment de petites tâches brunes. Ces points piquent comme des aiguilles plantées dans mon être.

 

Je relève les yeux vers le visage dont les joues sont creusées de deux ravins de chagrin. La personne entreposée entre les quatre planches un peu plus loin est un être cher à lui. Il n'avait pas les moyens de le faire, mais il a lui-même assemblé la dernière maison de sa mer.

 

Je me souviens de choses. Et mon coeur éclate.

 

Je n'ai pas le droit de souffrir. Ce n'est pas mon tour, seul lui compte, à cet instant, seul lui doit pouvoir se relever. Mon âme ne doit pas s'éparpiller. Je dois l'aider avant tout. Je le sais, une poussière atterrie dans mon oeil tout à l'heure me l'a dit.

 

Je ne dois pas exister.

lundi 18 mai 2015 à 12h24 par Darck Crystale | # | 3 commentaires

smiley : envelope Seule

Nous sommes revenus sur la dune, là où j'avais quitté mes traces, hébétés. Je pense qu'aucun de nous deux ne sait comment on a passé le trajet du retour. J'ai un goût amer dans la bouche.

"Je vais te laisser quelques temps."

Je soupire.

"Regarde, le soleil se lève."

C'est faux, et tu le sais très bien. Cette ligne rose n'est rien d'autre qu'une bande de licornes égorgées par des chasseurs sans pitié qui répandent leur sang sur l'horizon.

"Pourquoi pars-tu ?"

Je ne sais pas si tu ne m'as pas entendu, si tu fais semblant, si tu ne veux pas répondre. Mais tu ne réponds pas. Tu es déjà ailleurs.

Je me mets à genoux et recommence mon pèlerinage.

samedi 16 mai 2015 à 10h09 par Darck Crystale | # | 3 commentaires

smiley : envelope Le sang ne coule plus, non ?

Je me souviens...

J'ai passé mes mains pendant des heures sur toi, comme si j'avais besoin de compter chaque poil qui sort de ta peau, comme si un nombre pouvait accorder un peu plus de réalisme et de vrai à ce qu'il se passe en ce moment. J'ai touché ton corps pour que mes doigts s'en souviennent.

Tu avais par instant les étoiles qui disparaissaient de tes yeux. Ton regard devenait noir, et ton visage se teintait de tristesse. Je sais que tu as essayé de me le cacher, sans vraiment y mettre de la conviction. À chaque fois, j'ai posé mon front sur le tien pour te faire comprendre que tu n'es pas seul, même si tu es unique.

Les plis dans la fourrure de ton dos ne sont pas dus à quelque chose de temporaire.



J'ai reçu un éclair, à l'instant où je les ai touchés à nouveau.



"Que t'est-il arrivé ?"

Cette question sort de ma bouche, de ma tête, avec une portée et une douleur inouïe. J'ai déjà tout imaginé. Je sais. Tu n'as pas besoin de me le dire, mais je te demande quand même. C'est parce que ça me fait mal, de savoir, et que j'ai besoin de l'exprimer.

Tu me regardes et des fantômes passent au fond de tes iris.

"Parfois, les êtres humains sont violents."


Pourquoi ?


La question résonne en moi et je suis seule, dans le noir, avec toi.


Pourquoi ?


Je ne comprends pas. Comment est-ce possible ?

La douleur est insoutenable. Je suis désolée.

vendredi 15 mai 2015 à 09h54 par Darck Crystale | # | 2 commentaires

smiley : envelope Le rêve

"Tu m'as appelé, je suis venu.
- Je ne t'ai pas appelé.
- Je t'ai entendu avoir besoin de moi."

Je regarde autours de moi. Il faut que j'arrête de revenir en arrière quelques temps, j'ai besoin de reposer mes jambes, ma tête.

"Est-ce que tu veux marcher un peu avec moi ?
- Ce n'est pas ce que l'on fait déjà ?
- Non, nous remontons une piste. Là, je veux juste aller vers un autre endroit, quelques temps.
- Soit. Où ?"

Je te montre la direction d'une mer morte. Tu acquiesces.

Nous descendons tous les deux le long de la dune, trébuchant dans le sable qui glisse autours de nous. Je n'avais pas remarqué, mais la lumière est revenue. C'est sûrement un effet d'optique à cause de tes yeux.

"Je me rappelle de ces endroits." dis-je, pensive.

C'est vrai. C'est comme si toute une vie était contenue dans cette croûte de sel qui forme des vagues immobiles. Je regarde, je sens, j'entends. L'écume qui arrive puis se fait absorber. L'odeur de l'iode. Le bruit de l'eau qui monte et descend le long de la plage. Je respire au rythme de chaque houle.

Nous nous approchons de la côte ensemble, et nous nous asseyons ensemble, regardant des ombres roses glisser sur l'eau.

Tu restes silencieux, alors je me tais. J'entends chaque froissement de tes poils, chaque inspiration, chaque mouvement de tes moustaches. Un vacarme assourdissant retentit lorsque tu clignes les yeux.

Tu te tournes vers moi.

"Est-ce que ça va ?
- Non.
- C'est pour ça que tu voulais venir ici ?
- Je ne sais pas. Mais ici, je peux respirer.
- Je comprends ça."

Ton nez touche mon front. Nous nous frottons la tête l'un contre l'autre, les yeux fermés. Je sais que les tiens le sont tout autant que les miens car j'ai entendu le bruit de tes paupières se baissant. Je cache mon visage dans ton pelage si agréable.



On a dû passer une vie comme ça, assis, pelotonnés.



Je me réveille et je me souviens de choses qu'on a faites. Ou bien était-ce un rêve ? Non, le rêve, c'est quand je suis réveillée, n'est-ce pas ?

jeudi 14 mai 2015 à 09h37 par Darck Crystale | # | 1 commentaire

smiley : envelope Le contraire

Tu es parti.

Tu gambadais, tu as passé la crête d'une dune, et tu as disparu.

Quand je m'en suis aperçue, toutes les étoiles se sont éteintes.

J'erre sans but, remontant pas à pas mes traces. Sans lumière, c'est difficile. Et toi, avec ton odorat, tu n'es pas là pour m'aider, alors que tu m'avais dit que tu le ferais. Pourquoi ?

Quelque chose brille, un peu plus loin. Je m'en approche.

Ce sont tes yeux.

Tout à l'heure, je croyais que c'était les étoiles qui étincelaient dans ton regard, mais c'est l'inverse qui se produit. Le ciel reflète le contenu de tes pupilles.

mercredi 13 mai 2015 à 00h36 par Darck Crystale | # | 1 commentaire

smiley : envelope Un trou dans l'espace-temps

Je me rappelle qu'on marche ensemble, l'un à côté de l'autre. Pourquoi déjà ? Ah, oui, je t'ai dit que je ne savais pas où j'étais, et tu m'as proposé de m'aider à retrouver mes traces, me servant de guide, de sherpa. On marche, on marche, et le ciel est toujours plein d'étoiles, qui se reflètent dans tes yeux.

J'ai mal aux pieds.

"Qu'est-ce que tu en sais, toi, de comment on se perd ?
- Facile. Je suis tombé du ciel, c'est tout de même pas mal comme perdition, non ?
- Et comment on fait pour se retrouver ?"

Tu restes muet. Tu renifles l'air et tourne ta gueule vers moi. Un petit glapissement sort de ton nez, un air de dire que tu n'en as aucune idée.

"Pourquoi tu es là ?
- J'ai besoin de toucher terre, de temps à autres. Quand j'en aurai assez, je repartirai."

Je suis un peu triste. Je t'aime bien, tu es doux. Si tu pars, il faudra que je me piste seule.

"J'ai mal.
- Alors, arrêtons-nous."

Assis sur le sommet d'une immense vague de sable, nous écoutons le bruit du scintillement céleste. Chaque grain de silice que je déplace résonne à mes oreilles. Tu es venu te rouler en boule sur mes jambes, j'avais froid, c'est agréable et gentil. Je carresse ta fourure rousse, c'est doux, très doux. Un peu froissé au bas du dos, tu dois avoir dormi dessus et ça a plissé ton poil.

Tu fuis mon regard. Tu sais que je ne pourrai pas retenir ton visage, pourquoi ne me laisses-tu pas te regarder encore, tant que je le peux ?

Est-ce que je pourrai te retenir ?

Tu lèches mes pieds et le rapeux de ta langue me brûle. Mais je ne saigne plus. Tes pattes sont fines.

Tout en toi est doux.

Même ton sourire.

Je suis sûre qu'aucun renard n'a ton sourire, ni ta douceur.

Je frotte tes oreilles entre mes doigts, c'est si fin, si fragile.

Les renards, ça ne ronronne pas, mais toi, si.

"Il est temps de repartir."

Tu te lèves, malgré toi. Je sais que tu ne veux pour rien au monde quitter cette dune, d'où l'on aperçoit des grues et des ageco empilés équipés d'ascenseurs. Je le sais car nous sommes pareils, et tu le sais car nous sommes pareils.

Tu es moi, je suis toi.

C'est étrange. Je crois me souvenir que je te cherchais, il y a longtemps. Que je t'ai cherché, et j'ai renoncé, car tu n'existais pas. J'ai tracé une route en tablant sur le fait que tu n'existes pas. Mais tu es arrivé.

mardi 12 mai 2015 à 09h42 par Darck Crystale | # | 4 commentaires

smiley : envelope Un peu de sable au fond des poches

"J'allais dire en début de mois mais je viens de voir qu'on était le 2. Putain. J'ai un trou d'une semaine.

- Bah, t'étais à Barcelone lundi, Mardi à Montpellier, avec ta frangine. Mercredi, hosto + guitare livrée

- Nan mais on s'en fout, ça me parle pas. D'ailleurs c'est flippant que tu connaisses à ce point mon emploi du temps.

- Jeudi Montpellier et t'as essayé de pas trop boire, mais t'es quand même allé chercher une bouteille d'alcool à ton job. Vendredi cours de tapping le matin, mais bourré, puis soirée avec une pote et après, t'as sûrement titubé jusqu'au lit d'une fille aléatoire. Je fais attention à toi, que veux-tu. T'es pas capable de le faire, faut bien que quelqu'un s'en charge.

- Ouais, flippant, c'est ce que je dis.

- Dis-toi que maintenant, même bourré, tu pourras plus oublier."

vendredi 08 mai 2015 à 18h07 par Darck Crystale | # | 2 commentaires

smiley : envelope Un jour, je me suis réveillée.

Je me suis réveillée un jour, et j’ai regardé autours de moi. Il y a des dunes. À gauche. À droite. Les étoiles brillent.

Je ne sais pas comment je suis arrivée là. Il y a des traces de mes pas derrière moi. Quel est cet endroit ? Il fait froid. Il fait nuit.

Mais qu’est-ce que je fous là ?

Je m’assieds par terre.

J’ai mal aux pieds.

J’ôte mes chaussures, noires. Des plaies béantes fendent mes talons. Du sang coule.

Comment ai-je pu marcher si longtemps sans m’en apercevoir ?

 

Ce doit être un rêve.

 

Je regarde le ciel.

Une comète tombe de la voûte étoilée. Comme ça, pouf, par terre, devant moi, de l’autre côté de la dune.

Je viens vraiment de voir un truc brillant se casser la gueule depuis l’espace, sur la terre, dans le désert.

On n’arrête pas le progrès.

 

Je me traîne comme je peux avec mes pieds dégueulasses dans le sable fin, qui rentre dans mes poches, mes manches, mes yeux, c’est insupportable. Je me traîne donc de l’autre côté de cette fichue dune, pour voir ce qu’un OVNI fait dans ce rêve.

 

Un renard est assis par terre. Il louche. J’avais jamais vu de renard, encore moins qui louche. Bon, alors, un renard au strabisme convergent qui fend l’atmosphère, tout ça pour me forcer à ramper dans des débris de milliers de coquillages. Mais ça n’a aucun sens !

 

J’ai mal vu, il ne louche pas. Ou alors c’est la chute, ça fait loucher les renards de tomber du ciel, peut-être.

Là, il me regarde bien en face.

Ses yeux sont noirs, si noirs, et remplis d’une espèce de tristesse que je ne saurais définir.

 

« Tu saignes. »

Super, merci, j’avais besoin du renard Gabriel envoyé des cieux pour me le signaler, youhou !

« Certes. Tu parles ? »

C’est vrai qu’il ne louche plus, mais il parle. J’avais jamais entendu de renard. Ils ont, ou en tout cas, celui-là a, une voix douce, légère. Son ‘s’ passe entre ses dents, comme sa langue quand il le prononce. Un renard qui zozote. Ou qui sosote. Vraiment, ce désert est étrange.

« Faut bien que je m’exprime. »

mercredi 06 mai 2015 à 12h00 par Darck Crystale | # | 2 commentaires
 
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